Biographie

JEAN GIONO
30 mars 1895 – 9 octobre 1970

 

 

 

Né en 1895 à Manosque, Jean Giono évolue dans une famille très modeste : son père est cordonnier et sa mère possède un atelier de repasseuse. Il va à l’école jusqu’à l’âge de 16 ans (1911), et décide d’arrêter ses études lorsqu’il voit son père vieillir et faiblir, afin d’aider à l’économie du foyer.

Il travaille donc à la banque d’escompte de Manosque jusqu’en 1929, période entrecoupée par la Première Guerre mondiale à laquelle il participe dès 1915 et qui laisse en lui un profond traumatisme dont il ne parle que dans Le Grand troupeau en 1931, plusieurs années après. En effet, il est mobilisé sur des fronts dangereux et très meurtriers (Verdun, Kemmel…), ce qui laisse des traces indélébiles sur Jean Giono, son œuvre et se traduit par son engagement pacifiste. 

 

 

Pendant cette guerre, il correspond avec une certaine Elise Maurin, passionnée de poésie, il finit par l’épouser en 1920, quelques mois après le décès du père de Jean Giono. De leur union naissent deux filles : Aline (1926) et Sylvie (1934).

Il s’essaye à l’écriture, notamment de poèmes qui seront publiés dans le revue marseillaise La Criée, et remarqués par un certain Lucien Jacques. Cette rencontre en 1922 avec Lucien Jacques, artiste aux multiples est déterminante : ce dernier possède un réseau dans le monde littéraire lui permettant d’adresser un premier manuscrit de Giono à l’éditeur Bernard Grasset. Son premier roman, Colline, est publié par la prestigieuse maison d’écrivain en 1929 et rencontre un succès fulgurant : en mai 1929, le roman est couronné à New York par le prix Brentano et sa traduction américaine paraît en fin d’année, tandis qu’en France, Un de Baumugnes réédite le succès de Colline. Lucien Jacques a révélé l’un des plus singulier et talentueux écrivain de cette époque et restera son plus grand et fidèle ami.

En novembre 1930, il se rend à Paris pour la parution de Regain qui recevra le prix Northcliffe en 1931 et reste l’un de ses romans les plus vendus. Ces premiers succès l’encouragent à quitter son emploi pour se consacrer entièrement à l’écriture : il achète le Paraïs en 1930 où il installe toute sa famille et son premier atelier d’écrivain. Il multiplie les succès auprès de deux éditeurs de renommée nationale : Gallimard et Grasset.

À partir du printemps 1933, peu de temps après la prise de pouvoir par Hitler, Giono commence à exprimer publiquement ses opinions antifascistes et pacifistes. Il préside le Comité bas-alpin d’action contre la guerre. En février 1934, alors qu’il se lance dans la composition de Que ma joie demeure, il adhère à l’Association des Écrivains et Artistes Révolutionnaires. Giono inaugure une longue série d’écrits qui jalonneront les cinq années de sa croisade pour la paix, contre « la peste » de la guerre, « cœur de l’état capitaliste ».

Dès l’été 1934, le Contadour, hameau au-dessus de Banon, devient le lieu de rencontres pacifistes et intellectuelles où les participants se rassemblent autour de Giono. Plus la guerre semble inévitable, plus Giono s’active pour sauver la paix à tout prix. En 1938, il multiplie les messages et déclarations, en particulier dans La Patrie humaine, l’hebdomadaire du pacifisme intégral. Il rédige Lettre aux paysans sur la pauvreté et la paix et, tandis que les Cahiers du Contadour commencent à publier la traduction de Moby Dick à laquelle il travaille depuis deux ans avec Lucien Jacques.
Dans les jours qui suivent la déclaration de la seconde guerre mondiale, le militant pacifiste Louis Lecoin se rend au Contadour pour faire signer par Giono son appel : « Paix immédiate ! » Son nom est ajouté sur le tract, diffusé à partir du 13 septembre. Le 14 septembre, Giono est arrêté à Digne. Giono est libéré après huit semaines d’emprisonnement. Le 11 novembre une ordonnance de non-lieu est rendue par le juge d’instruction militaire et, le 18, Giono est dégagé de toute obligation militaire. Constatant l’inutilité de son combat pour la paix, qu’il juge avoir été une « erreur de jeunesse », il se replie sur son monde intime, sa famille et ses amours clandestines avec Blanche Meyer. Il accueille avec soulagement l’armistice signé avec l’Allemagne. S’il constate le « ralliement » du gouvernement à certaines de ses idées, Giono refuse ses sollicitations.
Cette distance à l’égard du nouveau pouvoir le rend suspect. Il est surveillé et une enquête de police est ordonnée par le préfet des Basses-Alpes, fraîchement nommé par Pétain. En octobre, Gaston Gallimard lui demande d’entrer au comité de rédaction de La NRF : Giono refuse. 

Au sortir des épreuves de la guerre, commence l’une des périodes les plus flamboyantes de sa carrière. Il conçoit le projet d’un grand cycle romanesque en dix livres : c’est la naissance du célèbre cycle du Hussard. Le temps de la consécration et d’une forme de notabilité littéraire est venu. En 1953, Giono reçoit le Prix Prince-Pierre-de-Monaco, dont il rejoindra bientôt le conseil littéraire. L’année suivante, il entre à l’Académie Goncourt, où il succède à Colette. Sa passion pour Mozart lui fait accepter de devenir membre du Comité qui parraine le Festival d’art lyrique d’Aix-enProvence. En 1961, il présidera le jury du Festival de Cannes. Gallimard envisage la publication de ses œuvres complètes. La presse lui consacre de nombreux articles. De grands photographes, comme Erwin Blumenfeld et Irving Penn, réalisent des reportages sur Giono pour Vogue.
Giono fait métier d’écrivain, répondant à des demandes d’artistes, de metteurs en scène, de directeurs de festival, de chefs d’entreprise et d’amis ; à des commandes d’éditeur ou de responsable de journaux, magazines et revues. Le scénario du film L’Eau vive est commandité par Électricité de France. Devenu producteur et réalisateur de cinéma, Giono réalise les scénarios de Crésus et Un roi sans divertissement, tandis que Pagnol vient de connaître ses plus grands succès grâce à ses adaptations des romans de Giono.

Aujourd’hui la littérature de Giono est considérée comme inclassable, il est traduit dans plus de 40 langues, compte plus de 350 traductions étrangères. L’Homme qui plantait des arbres, est son œuvre la plus traduite dans le monde.

  • Pour plus d’information : de Pierre CITRON Giono, 1895-1970, Ed. Seuil, 1990

  • Crédits photos : Coll. AAJG